GANGS OF NEW YORK
Le scénario de ce film, publié dans une très belle édition illustrée et documentée (Gangs of New York, L’aventure d’un film, Ed. Cahiers du Cinéma) était déjà à lui seul un roman passionnant. Mais le film dépasse toutes les espérances. Les réserves qu’on pourrait lire ici ou là sont bien peu de choses en face de l’importance de son irruption sur les écrans, la violence de son propos,la profondeur des préoccupations qu’il traduit.Il paraît même dérisoire de parler comme certains de “fresque hirsute” (sic) quand on reçoit en pleine figure ces images explosives et fondées sur une carrière de cinéaste qui a commencé il y a près de quarante ans. D’où vient la violence? Peut-on s’aimer dans un cloaque? Qu’est-ce que la cruauté? Quelle est l’importance d’un rite, d’un modèle, d’un comportement mimétique? Pourquoi admire-t-on ses pères, pourquoi veut-on les tuer, pourquoi voudrait-on les mépriser, pourquoi nous échappent-ils? Qui a créé l’Amérique? Qui a inventé le vingtième siècle? Le racisme? L’oppression? La misère? On a cité ici un centième des questions que pose ce film admirable, situé à New York entre 1845 et 1863 et terriblement, impitoyablement actuel.
La seule réserve qu’on se sent autorisé à exprimer est que le film ne dure “que” deux heures cinquante alors que Scorsese avait présenté à son producteur un montage de presque quatre heures. La seule réserve serait donc: “Quand sortira enfin la version longue de Gangs of New York?"